« Moi, en mieux! » : pourquoi les Américaines se passionnent pour la testostérone
Elles parlent d'énergie. De désir. De force. De concentration. Aux États-Unis, un nombre croissant de femmes se tournent vers la testostérone dans l'espoir de retrouver une version d'elles-mêmes qu'elles pensaient perdue. Entre enthousiasme, prudence scientifique et immense marché en pleine explosion, enquête sur l'une des conversations les plus fascinantes de la santé féminine contemporaine.
Lauren vit à Phoenix, en Arizona. Elle n'est ni malade ni déprimée, et pourtant depuis quelques années, elle a le sentiment d'avancer dans sa vie avec une batterie à moitié vide. À 44 ans, elle met ses journées qui commencent dans la précipitation et se terminent dans l'épuisement, sur le compte de de son âge, de la périménopause, ou simplement de cette période de la vie où les responsabilités semblent s'accumuler plus vite que l'énergie.
Puis au détour de posts sur Instagram, elle entend parler de femmes qui prennent de la testostérone.
Amanda n'y prête pas vraiment attention. Pour elle, la testostérone appartient au monde des hommes, des culturistes ou des sportifs. Certainement pas au sien.
Mais quelques semaines plus tard, le sujet revient. Puis encore.
Dans un podcast. Lors d'un dîner entre amis. L’une lui raconte qu'elle a retrouvé son énergie. Une autre parle de sa libido. Une troisième jure qu'elle pense plus clairement qu'avant.
Car depuis quelques années aux États-Unis, une hormone longtemps associée aux hommes est devenue l'un des sujets les plus discutés de la santé féminine. Dans les groupes Facebook consacrés aux femmes jusque dans les cliniques de longévité, les cabinets de médecine fonctionnelle et même les émissions de téléréalité, la testostérone est partout. Et les témoignages se ressemblent souvent :
« Je me sens à nouveau vivante. »
« J'ai retrouvé mon cerveau. »
« J'ai retrouvé celle que j'étais avant. »
Ou, plus simplement :
« Je suis moi, en mieux! »
En 2022, l'influenceuse américaine Marcella Hill raconte à ses centaines de milliers d’abonnés Instagram qu'après avoir commencé un traitement à forte dose de testostérone, elle redécouvre une attirance pour son mari qu'elle croyait disparue.
Trois ans plus tard, des millions de téléspectateurs regardent Gretchen Rossi, star des Real Housewives of Orange County, se faire implanter sous la peau un pellet de testostérone.
La scène semblait improbable il y a quelques années. Désormais, elle passe presque inaperçue, tout comme au Royaume-Uni ou dans d’autres pays anglo-saxons où le sujet est également devenu grand public.
Au Royaume-Uni, les prescriptions de testostérone ont d’ailleurs augmenté de près de 400 % entre 2019 et 2022. L’actrice Kate Winslet a publiquement évoqué les bénéfices qu'elle attribue à la testostérone sur sa vie intime. La médecin britannique Louise Newson, figure incontournable des discussions sur la ménopause dans le monde anglophone, consacre régulièrement des épisodes de son podcast, The Dr Louise Newson Podcast, à cette hormone longtemps ignorée.
Mais de quoi parle-t-on au juste?
La testostérone n'est pas uniquement une hormone masculine, les femmes en produisent aussi naturellement, mais moins. Elle atteint un pic au début de l'âge adulte avant de diminuer progressivement au fil des années. Chez tous, elle joue un rôle dans la fonction sexuelle, la masse musculaire, la densité osseuse et de nombreux mécanismes biologiques encore imparfaitement compris.
Mondialement, et contrairement aux hommes qui disposent depuis des décennies de nombreux traitements pour corriger une baisse de testostérone, les femmes ne disposent d'aucun produit largement distribué et spécifiquement approuvé pour elles par les instances officielles médicales de leurs pays. En France, elle peut être prescrite aux femmes ménopausées pour des problématiques de désir sexuel, mais la pratique reste marginale.
Ce paradoxe est au cœur de notre histoire américaine
Car malgré l'absence de produit officiellement conçu pour elles, malgré le scepticisme d'une partie du corps médical et malgré les nombreuses questions qui demeurent sans réponse, les femmes - ménopausées ou non - sont de plus en plus nombreuses à vouloir essayer.
Certaines utilisent des gels ou des crèmes. D'autres ont recours à des préparations réalisées par des pharmacies spécialisées. D'autres encore choisissent les pellets : de petits cylindres implantés sous la peau qui diffusent progressivement l'hormone pendant plusieurs mois.
Pour beaucoup, les bénéfices semblent évidents, mais toutes les histoires ne se ressemblent pas.
À doses élevées, certaines femmes développent davantage d'acné. D'autres voient apparaître des poils drus sur le visage ou le corps. La voix peut devenir plus grave. Le clitoris peut augmenter de volume. Certaines décrivent également davantage d'irritabilité ou d'agressivité. Dans certains cas, certaines de ces transformations peuvent être difficiles à inverser.
Pour beaucoup de femmes, le calcul reste pourtant simple: ce sont les bénéfices qui l'emportent.
Mais depuis les États-Unis, où la testostérone est déjà devenue une conversation culturelle et non plus médicale, l'enthousiasme qui entoure la testostérone nous dit peut-être quelque chose d'autre.
Pendant longtemps, la médecine a étudié le corps masculin comme norme et le corps féminin comme une variation. Les conséquences sont encore visibles aujourd'hui, bien au-delà de la seule santé hormonale.
Or, pour la première fois dans l'Histoire, des millions de femmes discutent ouvertement de désir, d'énergie, de performance cognitive, de force physique ou de qualité de vie. Elles ne demandent plus seulement à vivre plus longtemps, elles veulent aussi vivre mieux.
« Pour la première fois dans l’Histoire, des millions de femmes discutent ouvertement de désir, d’énergie, de performance cognitive, de force physique ou de qualité de vie. Elles ne demandent plus seulement à vivre plus longtemps, elles veulent aussi vivre mieux »
Lauren n'a toujours pas pris sa décision, mais pour elle comme pour les autres, la révolution est réelle, et elle ne fait probablement que commencer.